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La Vierge du Beffroi

Sous le porche [du beffroi], qui a perdu sa herse tout en conservant les rainures, au milieu du cadre austère des lignes ogivales et dans une niche désagréablement repeinte avec un semis de fleurs de lis, sourit une délicieuse figure de Vierge. La statue est en terre pierre et mesure 1mètre de hauteur. Le charme qui se dégage de cette œuvre, répand comme un rayon de grâce sur les murs noircis par le temps. La Vierge tient l’enfant Jésus sur le bras gauche, et de la droite retient les plis de son manteau drapés avec une noble simplicité ; le corps est cambré un peu en arrière sur la droite, comme pour mieux contempler le divin bambino. De fait, le visage de la Vierge, surmonté d’une couronne et encadré dans les ondes d’une belle chevelure légèrement recouverte d’un voile, est tout entier fixé sur l’enfant et s’illumine d’un sourire d’une ineffable tendresse que réfléchit, par une harmonie touchante, la figure exquisement naïve de l’enfant Jésus.

Cette statue est un des morceaux les plus curieux de la statuaire sur les bords de la Loire, à l’aurore de la Renaissance. On y retrouve le reflet de la naïveté un peu raide du moyen âge qui disparaît, et les premiers rayons de l’aube de l’ère moderne qui se lève sur l’horizon.

 

Nous ignorons le nom de l’artiste qui l’a produite ; mais du moins les documents nous permettent de suivre quelque temps son histoire. D’assez bonne heure, elle fut placée au-dessus de la porte du beffroi, du côté du couchant, sous un auvent de bois dont la place paraît encore. Le peuple avait « grande dévotion en cette image » et lui faisait des offrandes. Selon l’usage du temps, on lui mettait des robes et parures qui plaisaient fort aux fidèles. Mais l’élévation de la statue la rendait difficilement accessible ; de plus, sa situation au dehors était « très dommageable par les vents bas qui poussent sur ce respectable portrait avec force et impétuosité les pluies abondantes et fréquentes, de sorte qu’elle est, on peut le dire, très gâtée et endommagée ainsi que la peinture dont elle est ornée », si bien « que même les robes et parures qu’on lui met sont en très mauvais état étant également exposées aux infirmités de l’air ». En conséquence, « quantité de personnes pieuses et charitables, honorant et respectant l’image et représentation de la Vierge », demandèrent qu’elle fût placée sous le porche.

En 1759, François Buttet, notaire royal et « capitaine de bourgeoisie de la deuxième compagnie de cette ville, quartier de l’horloge », se fit l’interprète de cette requête dans une supplique adressée au maire et aux échevins. Il demanda que la statue fût mise dans une niche creusée « dans le mur qui est adhérent au moulin » et que, pour couvrir les frais, on autorisât une quête à domicile. La requête fut appuyée par un bon nombre de personnes, parmi lesquelles Fermay, curé et prieur de Saint-Denis. Le maire et les échevins, par acte du 29 juin 1759, accordèrent l’autorisation de descendre la Vierge sous le portail à condition que la « niche qui sera faite dans ledit mur ne l’endommage en aucune façon », et de faire une quête en ville. La pièce est signée : Perceval maire, Coullon-Dupavillon, Decam, Le Breton et  Deconbessire[1]. Depuis lors la statue, dont nous avons pu avoir une bonne reproduction, continue d’exciter la piété des croyants et de charmer l’imagination des amis des arts.

 

Amboise, le château, la ville et le canton par L. A. Bosseboeuf 1897

 

La Tour du Beffroi et la copie de la Vierge présentée au Musée de l’Hôtel de Ville sont à découvrir rue Nationale.



[1] Archives communales d’Amboise BB 44. Cette pièce a été publiée en entier par M. A. Gabeau dans son étude « Le Beffroi Municipal d’Amboise ».


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